Portrait dans le Bien Public …

Portrait de Marielys Lorthios sur le Bien Public Presse

Article portrait parus dans Le Bien Public N°31

Petits plats, avez-vous une âme ?
écrit par Berty Robert

“ Vous avez déjà tenté de faire parler une tomate ? Seriez-vous capable de révéler la personnalité profonde d’une joue de boeuf
constellée d’échalotes ? Dans l’oeil d’une truite aux amandes,percevez-vous ce petit rien qui vous ferait douter de la non-existence de Dieu ?…Rassurez-vous, malgré les apparences, ce portrait est encore en prise avec la réalité.

Mais il faut bien avouer qu’en rencontrant Marielys Lorthios, photographe spécialiste de la prise de vue culinaire, on est loin d’imaginer où le cliché d’un plat dans une assiette peut nous entraîner.

La nourriture se regarde, se scrute, s’épie, parce qu’elle a des choses à dire à qui sait porter le bon oeil sur elle. La photographe dijonnaise fait partie de cette catégorie, elle, qui rappelle avec justesse que, littéralement,« photographie » se traduit par« écrire avec la lumière».

“ La lumière fournit des indications temporelles. Il y a celle du matin, du midi ou du soir. ”

Lorsque, dans son studio de l’avenue de Stalingrad à Dijon, elle entame une séance de prises de vue, elle sait qu’elle a devant elle un long travail de recherches, de tentatives, d’essais. « Prendre la nourriture en photo », explique-t-elle « pour moi, cela signifie porter une grande attention à la mise en scène. J’ai toujours été passionnée par la composition des images mais je ne fais pas de grandes scènes. Au contraire, je suis toujours à la recherche d’une ambiance presque intimiste avec le produit ».

Une quête qui fait du travail de Marielys Lorthios, un curieux mélange de lenteur et de rapidité. « Je peux passer un temps fou à chercher ce que je veux, mais dès que je trouve, dès que je suis parvenue à la mise en place qui me convient, tout va alors très vite. »

Cet impératif de vitesse tient aussi au fait que si le sujet de la photographe est statique, il n’est pas pour autant exempt d’évolutions. La grande difficulté avec la nourriture, c’est qu’elle supporte assez mal le contact à l’air libre, la température parfois assez élevée due aux projecteurs. Les feuilles de salade se flétrissent, la viande perd sa rougeur appétissante et s’assombrit, quant à la glace, elle file ventre à terre vers le triste état liquide… Alors, bien sûr, on peut tricher. Faire de belles boules de glace rebondieset indestructibles en pâte d’amande. Mais Marielys Lorthios n’use pas de ce genre de subterfuge.

« Au contraire », explique-t-elle avec une lueur dans les yeux « j’adore ce moment trop bref
où les cristaux de glace à la surface de la boule qu’on vient de sortir du congélateur jouent avec la lumière. J’aime cette fragilité et le moment où les cristaux, en fondant, changent complètement
la lumière, et l’aspect du produit. »

Oeuvrant depuis plus de quinze ans dans le domaine très particulier de la photographie culinaire, Marielys Lorthios a aussi ses petits trucs pour accentuer l’aspect appétissant d’un mets. Les gouttelettes d’eau sur un légume évoquent immanquablement la fraîcheur. Le caramel personnalise la belle cuisson, la brillance c’est le caractère goûteux.
En période de prises de vue, elle a toujours à portée de main un petit flacon prêt à vaporiser de l’eau et du liquide lave-vitre: « pour enlever toutes les traces ! ».

La photographe est-elle bonne cuisinière ?
« Dans les deux domaines, ce que j’aime c’est construire. J’adore faire de la pâtisserie parce que c’est le type de cuisine qui ne supporte pas l’à peu près. Comme pour la photo. »

La photographe aime-t-elle la langue de veau ?
« Non, je déteste, c’est cauchemardesque à photographier ! »

La photographe est-elle farouchement bourguignonne ?
« Une image, c’est d’abord un message et j’aime l’idée de parler de la richesse gastronomique de la Bourgogne, mais en évitant la « lourdeur » d’une approche trop traditionnelle. »

Son approche, on peut la découvrir dans un ouvrage qu’elle a coréalisé avecHubertAnceau et Martial Jacquey, intitulé
“Coups de cœur en Bourgogne !” paru en novembre.”


b.robert@lebienpublic.fr
© photo portrait : Philippe Maupetit

Article portrait parus dans Le Bien Public N°31





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